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dimanche 8 octobre 2006 |
Quand Star Ac' rencontre l'AcadémieJacqueline de Romilly et Nikos Aliagas ensemble pour le projet "Appel à témoignages"
Pourquoi vous êtes-vous lancée dans ce projet "Appel à témoignages"(1) avec l'association "l'Élan Nouveau des Citoyens" et avec Nikos comme parrain ?
Jacqueline de Romilly - On nous annonce tout le temps de mauvaises nouvelles, je veux réveiller des valeurs positives chez les jeunes. Cet appel est un concours adressé aux 13-15 ans. Ils doivent décrire en deux pages un acte qui les a émus ou qu'ils ont trouvé beau, dans le domaine de la générosité, du courage... En plus des divers cadeaux offerts, nous mettrons à l'honneur les plus belles lettres lors d'une cérémonie à l'Académie, suivie, je l'espère, d'une exposition en province. En les présentant ainsi, c'est de l'espérance que nous donnons à tout le monde.
Nikos Aliagas - Oui, car ils peuvent en être les témoins sans avoir pu le dire à personne.
J.R. - Or là, ils le diront à tout le monde !
Ce projet est-il une façon pour vous de faire changer le regard de notre société sur sa jeunesse ?
N.A. - Je crois qu'à cet âge on n'est pas dans une ignorance et une naïveté d'ado, mais dans une sincérité où l'on peut voir des choses qui donnent un sens à sa vie. Ce n'est pas juste une question de morale, mais peut-être d'éthique philosophique...
J.R. - D'accord, mais cela devrait aussi faire prendre conscience à tout le monde que ce bien existe. Si c'est la jeunesse qui nous réenchante. J'en suis ravie !
N.A. - L'idée n'est pas d'être donneur de leçons...
J.R. - Ah moi, je suis donneur de leçons ! (sourire).
N.A. - Vous êtes prof, mais vous ne leur faites pas "la leçon". Au contraire, vous essayez d'ouvrir leur esprit et de leur dire "C'est maintenant que cela se passe, profitez-en !"
Mais comment avez-vous rencontré Nikos ?
J.R. - La première fois, c'était lors d'une interview sur les JO en Grèce. C'était d'autant plus sympathique qu'il est d'origine grecque.
N.A. - II faut savoir que madame de Romilly est aussi aimée en Grèce que le Président. Le pays lui a d'ailleurs décerné un passeport.
Aviez-vous conscience de son énorme popularité ?
J.R. - Bien sûr, je ne suis quand même pas complètement enfermée dans une cage obscure (sourire).
N.A. - La vôtre est intemporelle et dépasse de loin l'univers de la télévision.
Malgré votre passion commune pour la Grèce, l'Antiquité , et la culture, pour beaucoup votre association sur ce projet semble, a priori, improbable...
J.R. - On peut avoir des professions et des publics différents et porter en soi un même idéal, la même espérance que le monde aille mieux.
N.A. - Moi, je m'adresse à des jeunes qui veulent à travers ta télévision toucher un rêve, sans avoir d'illusions, car ils connaissent le caractère éphémère de ce qui n'est rien d'autre qu'un lieu de passage. Il y a chez madame de Romilly une modernité dans sa vie et ses choix. On ne peut pas ne pas être moderne lorsqu'on sort dans la rue manifester et dire : "Le grec ancien et le latin sont des langues vivantes". Une langue morte n'est pas morte quand on vous écoute et quand on vous lit.
J.R. - Cela me touche et c'est l'espoir de ma vie !
N A. - Les jeunes le comprendront.
J.R. - Si l'on veut vivre dans un meilleur univers, il faut avoir quelque chose qui vous soutienne ; des exemples d'actes, comme dans ce concours. Je suis maintenant très fatiguée, mais lorsque quelqu'un a été de façon inattendue gentil ou généreux pour moi dans la journée, je suis heureuse et prête à faire un effort... C'est grec de dire que la vie est belle. Elle l'est. Elle peut l'être encore. Cela dépend de nous.
N.A. - Gamin, sans entrer dans un pathos et juste pour donner un témoignage, quand j'étais sous la machine à coudre de mes parents et que je rêvais en regardant les autres à la télévision, j'ai eu confiance en mon rêve et je n'ai pas baissé les bras. À tous ceux qui rêvent encore à 13 ans, je dis juste : "Vous pouvez y aller, vous en avez le droit. Vous devez descendre non pas dans l'arène, mais dans la vie et suivre votre chemin, le créer. Même si c'est difficile".
J.R. - Vous avez eu cette "confiance" que j'évoquais, et vous y êtes dans cette télévision, je crois ?!
N.A. - Oui, et puis un jour je n'y serai plus. Mais ce n'est pas grave..
J.R. - Oh non, ne me parlez pas de ça à mon âge ! (rires).
N.A. - À la télévision,on est plus de passage que dans la vie.
Que représente pour vous cette venue en Normandie à l'invitation de l'École de Caen pour lancer cet appel national(1) ?
J.R. - Je viendrai à Caen. Enfin, à une condition... que je ne sois pas morte (sourire).
N.A. - Comme disent mes ancêtres grecs, l'âme ne meurt jamais.
Propos recueillis par Patrice Gascoin
(1) : L'appel national sera lancé depuis un Lieu symbolique, le Mémorial de Caen, ce samedi 7 octobre a midi.
L'académicienne Jacqueline de Romilly, helléniste mondialement réputée, s'est engagée aux côtés de Philippe Rodet, président de "l'Élan Nouveau des Citoyens". Cette association a pour but de promouvoir la participation des citoyens à la vie de la cité. Ainsi, outre cet "Appel à témoignages", "l'Élan" a lancé en 2004 un programme qui encourage des collégiens à rendre visite à des personnes âgées esseulées, vivant dans des maisons de retraite, et s'est aussi associée au projet de l'ancien champion du monde de boxe française, Aziz Raguig, qui souhaite lancer un "Appel au civisme et à la fraternité".
De souche normande, cette association nationale vise à décloisonner les mots et l'image, à rapprocher le travail de l'auteur de celui de l'illustrateur, qu'il soit dessinateur ou réalisateur. Elle remet chaque année un prix, unique en France, symbolisant cette union. Elle a été créée en 2002 par deux Caennais : le dessinateur caricaturiste Emmanuel Chaunu, qui vient d'illustrer deux romans, dont "Chien riche, Chien pauvre" chez Rageot ; et l'auteur (littérature-polar-jeunesse) Jean-Luc Bizien, la signature-vedette de la nouvelle collection jeunesse lancée par Plon avec "Wendy et les mutants". Ensemble, ils ont inventé le concept des livres-jeux destinés aux plus jeunes : "150 surprises au pays des fées", Éd. Griind.