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mardi 27 février 2007 |
Économie
Avec Philippe Rodet, médecin urgentiste, auteur de "le stress, nouvelles voies"
Vous êtes l'auteur d'un livre sur le stress, publié en janvier ("Le stress, nouvelles voies", aux éditions De Fallois). Le sujet est-il si crucial ?
Pour le moment c'est un phénomène un peu isolé. Le but est de provoquer une prise de conscience. Dans ce livre il n'y a aucune affirmation qui n'est pas étayée. Je suis venu rencontrer des membres du CJD du Loiret et j'espère amener d'autres personnes autour du sujet. Ce 1er mars, j'interviens dans un colloque organisé par l'ANDCP -des responsables de ressources humaines- à Paris, avec des Anglais.
Vous avez de nombreux engagements. D'où vient votre motivation ?
À 21 ans, quand j'étais jeune externe en réanimation, un gamin avait mélangé trois médicaments qu'il ne fallait pas... Cela m'a traumatisé. Je suis devenu médecin humanitaire. Je suis passionné par la vie de la Cité. Si l'on veut faire changer les choses, ça ne passera pas par la politique. Mais chacun individuellement peut représenter un levier formidable si l'on fait en sorte qu'un nombre croissant de personnes agisse. La question du stress dans la société est une réflexion-action parmi d'autres. II s'avère que le stress coûte une fortune à la société, et ça rend les gens malheureux. Souvent, quand on en parle, on pense maladie. La particularité du stress c'est que ce n'est pas une maladie, mais il favorise l'émergence de maladies -ulcères, allergies, TMS- ou en aggrave d'autres -asthme, cancer, hypertension. Le stress empêche aussi de réussir : l'enfant qui va à l'école, le sportif dans le haut niveau, au travail. D'une façon générale, la performance est altérée par le stress. Le stress a toujours existé chez les humains. Il permet d'augmenter la performance face à une agression. L'organisme humain est programmé pour résister à une agression stressante par jour. Or, actuellement, il en subit en moyenne une cinquantaine. Avant, l'organisme consommait pour se défendre les produits qu'il libère. Aujourd'hui, derrière un écran d'ordinateur, il y a une accumulation toxique qui se fait. À partir de quel seuil ça peut produire des dégâts ? Je ne sais pas, ça dépend des personnes. En tout cas, c'est le stress chronique qui est toxique.
Comment échapper à ce stress chronique et à ses effets néfastes ?
Une grosse partie de la toxicité peut-être atténuée par un effort physique modéré comme 2 à 3 kilomètres de marche à pied par jour. Il y a aussi l'alimentation. Le stress favorise un apport de sucre à l'organisme. Il faut donc éviter trop de sucre, mais aussi trop de sel. En revanche, consommer des antioxydants comme les Oméga 3. Les introvertis souffrent davantage du stress que les extravertis. On peut éviter du stress à une personne au travail en la mettant à un poste en fonction de son profil.
Et puis l'on peut éviter le stress par la motivation. Il n'y a qu'à voir le nombre de maladies déclenchées chez les retraités à la suite de la perte de motivation. La motivation, c'est lié à un projet, une passion, une stratégie. Si l'on connaît le stress, si l'on sait le déceler, on peut diminuer sérieusement le nombre de sources. C'est pourquoi, dans l'entreprise, il faut motiver les personnes, c'est-à-dire générer du plaisir ou de la satisfaction, ce qui favorise la production de dopamine.
En améliorant la gestion de ressources humaines dans l'entreprise, on évite de détruire les gens et cela permet de gagner de l'argent. Le coût du stress est estimé à environ 50 milliards d'euros par an. Il y a des habitudes à repenser. Il faut un management profondément humain. La considération des personnes, c'est un des éléments de la motivation, ainsi que l'implication dans un projet de l'entreprise. Il y a un problème de sensibilisation à ce phénomène.
Qui avez-vous réussi à sensibiliser à cette problématique ?
Plusieurs groupes s'intéressent à ce que l'on fait, comme le Centre des Jeunes Dirigeants d'entreprise. Le message passe très bien. Si j'arrive à faire prendre conscience aux chefs d'entreprise, je considérerai que j'ai rempli mon rôle.
Propos recueillis par Patrice Dézallé
Philippe Rodet était en visite le 13 février dans la région, où il a notamment rencontré des membres du Centre des Jeunes Dirigeants du Loiret à propos des problèmes occasionnés par le stress en entreprise. Mais le stress n'est pas son seul sujet de préoccupation. "J'aime beaucoup l'engagement, surtout quand ça permet de bousculer les choses", confie ce médecin d'urgence qui exerce à la fois dans un SAMU et dans un groupe mutualiste d'assistance. De fait, Philippe Rodet a lancé plusieurs mouvements associatifs : "l'Élan Nouveau des Citoyens", qui compte aujourd'hui quelque 4.500 membres travaillant essentiellement par courriers électroniques sur des thématiques diverses, "en dehors des clivages politiques", comme la TVA sociale. Avec notamment Jean-Marie Bocquel, Pierre Méhaignerie et Jean Arthuis.
D'autres mouvements sont engagés dans des actions concrètes.
"Cigale" : implantée initialement en Bretagne, cette association donne l'occasion à des enfants de visiter des personnes âgées pour les faire témoigner sur le XXè siècle. Ainsi elles se rendent compte qu'elles sont encore utiles.
"Fraternité, j'écris ton nom" : cette association fait correspondre des enfants en difficulté accompagnées par un adulte réfèrent, avec des enfants de pays du Sud. Une rencontre lors d'une garde est à l'origine de cette initiative. 800 actions ont été menées depuis un an et demi.
"Appel à témoignages" : consiste à raconter une histoire dans le but d'encourager la générosité chez les jeunes. Avec la participation de Jacqueline de Romilly, membre de l'Académie française, et Nikos Aliagas, animateur sur TF1. Un prix sera remis le 17 mars.