L'ENA hors les murs

Jeudi 22 décembre 2005

       Lettre à un jeune qui ne reçoit jamais de courrier

       Des jeunes des banlieues qui échangent des courriers réguliers avec des jeunes d'Afrique et des adultes français : une idée de Philippe Rodet, médecin et fondateur de "Fraternité, j'écris ton nom..." Le but ? Créer des liens et donner de l'espoir à la jeunesse déboussolée.

"Fraternité, j'écris ton nom..." a été officiellement lancée le 9 novembre dans la ZEP de Cirey-sur-Vezouze, en Meurthe-et-Moselle. L'association propose à des jeunes en difficulté d'échanger une lettre, chaque mois, avec un adulte français et un jeune Africain

       Le projet s'est développé avec la complicité de Claudine Fischer, directrice de la Maison des jeunes et de la culture de Cirey, qui expérimente déjà depuis quelques mois ces correspondances entre jeunes et adultes : "Quand on ne reçoit jamais de courrier, voir arriver une lettre est un trésor ! Les jeunes se sentent valorisés. Ainsi, ce gamin de 10 ans, déjà délinquant. Depuis qu'il correspond avec un médecin, son comportement a complètement changé, car quelqu'un croit en lui. Ou cette jeune fille dépressive de 21 ans qui échange avec une religieuse. Au départ réticente, elle est ravie et retrouve goût à la vie. C'est incroyable comme une simple lettre mensuelle a de l'impact !" Outre le mieux-être, Claudine Fischer souligne les progrès en français : "Les jeunes ne veulent pas écrire n'importe quoi, ils s'appliquent, consultent le dictionnaire." Les premiers courriers arrivés d'Afrique suscitent une mobilisation : "Les jeunes de chez nous souhaitent apporter de l'aide, explique Claudine, ils se sentent responsables de leurs correspondants africains." L'idée de ces échanges de lettres revient à Philippe Rodet, 45 ans, médecin urgentiste, créateur de l'association "l'Élan Nouveau des Citoyens". "La jeunesse ne va pas bien", constate-t-il. Ce mal-être, il l'a repéré plusieurs fois en étant appelé en pleine nuit auprès de jeunes qui abusent de l'alcool ou se droguent. Une fois, il propose à l'un d'eux de lui écrire. "Je m'étais engagé à lui répondre !" Actuellement, Philippe Rodet écrit chaque mois à une vingtaine de jeunes. "Vingt minutes par lettre, presque une par soir ! Cela me prend du temps, mais quel bonheur !", explique le médecin.

       Forte d'un comité de pilotage composé de personnalités aussi diverses que Jacqueline de Romilly, de l'Académie française, ou Béatrice Hess, championne paralympique de natation, l'initiative ne demande qu'à se développer : "L'idée est d'établir une forme d'entraide entre des adultes qui ont une expérience, des compétences ou des relations, et des jeunes qui ont besoin d'encouragement pour réussir." Aujourd'hui, la structure comprend 540 adultes et recherche de nouveaux correspondants.

SABINE HARREAU