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lundi 5 mars 2007 |
Opinion
Pour le Dr Philippe Rodet (1), l'ampleur des conséquences du stress appelle une action politique
Notre modèle de développement, profondément matérialiste, montre ses limites. Il ruine sévèrement les équilibres de notre environnement naturel et mine progressivement les hommes, en proie à un stress d'autant plus destructeur qu'il agit sur fond de manque d'espérance. Si la question de l'environnement s'est installée dans le débat et fait l'objet d'une prise de conscience, ce sujet le nécessite tout autant.
En effet, le stress touche plus des trois quarts de nos concitoyens et s'avère d'autant plus toxique qu'il devient trop fréquent. Or, si nous sommes "programmés" pour résister à moins d'une source d'agression par jour, nous en subissons en moyenne... 50 ! Ainsi, le stress agit insidieusement comme un véritable poison : il crée des maladies, aggrave l'évolution d'autres, augmente le risque d'échec scolaire, altère la performance sportive... Ses répercussions sur l'économie deviennent donc dramatiques : en France, le coût du stress lié au travail est estimé à 51 milliards d'euros, soit presque cinq fois le déficit de notre Sécurité sociale.
Il est donc urgent d'agir. C'est possible car des solutions existent ! L'ampleur du phénomène impose une action politique. Tout comme il est inconcevable de vivre en permanence affublé d'un masque antipollution, il est inenvisageable que la quasi-totalité de la population consomme des traitements médicamenteux. Chacun d'entre nous doit être informé sur le stress, comprendre ses origines, savoir le détecter et éviter de le propager, malgré soi.
Deux grandes voies s'ouvrent à nous : l'engagement et le management. Chacun de nous a constaté que l'engagement, en raison de la motivation qu'il induit, provoque du plaisir. En cela, l'engagement agit comme l'antidote du stress. D'ailleurs, "le coffre à outils du bonheur", élaboré au Canada, explique que "s'engager dans des activités qui sont importantes à nos yeux nous procure un sentiment d'utilité et de satisfaction". L'engagement figure à ce titre parmi l'un des "dix conseils pour prendre soin de sa santé mentale".
Les mêmes bienfaits de la motivation se retrouvent à l'échelle des salariés lorsque les entreprises font d'une gestion respectueuse de l'Homme la pierre angulaire de leur mode de management. D'ores et déjà, des dirigeants s'engagent dans cette voie, prouvant par là sa compatibilité avec la performance économique. Notre jeunesse a tout à y gagner. Certains jeunes échouent, non pas par manque d'intelligence mais parce qu'ils ont, trop souvent, un niveau de stress très important. Agissons pour que chaque adulte, chaque acteur de la société aide individuellement un jeune à trouver la motivation nécessaire à son épanouissement et à sa réussite. Osons déclarer la jeunesse grande cause nationale pour les cinq années à venir.
Mesdames, Messieurs les candidats, le stress est un fléau qui nécessite la mise en œuvre rapide de moyens adaptés. À travers sa gestion, la France peut incarner le passage des lois de la mécanique à celles du vivant. Elle trouvera alors en Europe, terre d'émergence aussi bien du capitalisme que de l'humanisme, le terreau fertile à un rayonnement nouveau.
(1) Médecin urgentiste, président de l'association "l'Élan Nouveau des Citoyens"