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dimanche 11 février 2007

L'article, sur les pages consacrées à  Vitré

"Vous souffrez du stress ? Engagez-vous !"

C'est un véritable fléau social et économique. Philippe Rodet, médecin(1), propose de faire de la lutte contre le stress un enjeu national.

Le stress, mal du siècle ?

        L'organisme humain peut résister à 5 à 7 agressions par semaine, or il en subit 50 par jour. Le surplus, c'est le mauvais stress. Nous connaissons de plus en plus de sources de stress parce que le degré de compétition de la société augmente. Plus une société est compétitive, plus il faut aller vite, plus il y a de risque d'échec, plus on a peur et plus on est stressé.

Vous allez jusqu'à affirmer que la lutte contre le stress est l'un des enjeux de l'élection présidentielle !

        C'est le plus bel enjeu. La société doit ouvrir enfin les yeux. Parce que l'on sait aujourd'hui analyser en profondeur le stress et ses conséquences, on sait ce qu'il coûte : pour le Royaume-Uni, le coût global est de 160 milliards de dollars par an ! En France, le coût du seul stress professionnel a été estimé par la CGC à 51 milliards d'euros par an. C'est tout le management qui est à repenser. En luttant contre le stress, les chefs d'entreprise ne perdent pas d'argent, ils rendent leur entreprise plus performante. Expliquons le stress, comment l'éviter, et nous aurons un impact considérable sur le budget de la Sécurité sociale.

Vous dites que les médias ont un rôle capital.

        Oui, l'enjeu du stress repose en partie sur les médias. Nous recevons chaque jour une masse d'informations qui sont des sources de stress si elles ne sont pas expliquées. Attentats, crises internationales, chômage, déficits, etc. Nous prenons conscience de bien des dangers. Il faut apprendre à les gérer, à les relativiser. Ce qui est toxique, c'est une information qui n'est pas expliquée, elle peut faire peur. Les médias ont donc une responsabilité importante dans le traitement du stress. L'intelligence ce n'est pas de s'exprimer avec des mots compliqués, c'est de savoir trouver les mots pour être compris par le plus grand nombre. En vulgarisant habilement des informations complexes, un média change la vie des gens.

On peut donc faire du stress un allié ?

        Oui ! Prenons une personne timide. Elle doit faire semblant d'être ce qu'elle n'est pas. Quel stress ! Mais elle est, d'une façon générale, plus sensible que les autres. Elle dispose d'une capacité à engranger des informations d'apparence accessoire bien supérieure à une personne sûre d'elle. Sa difficulté peut alors devenir une force. Aidez-la à se concentrer sur toutes ces informations qu'elle peut capter grâce à sa sensibilité, elle devient alors plus forte. Elle a transformé son stress en énergie ! La timidité va avec l'intelligence. En général les imbéciles ne se posent pas de questions !

Que doivent dire les candidats à la Présidentielle aux citoyens stressés ?

        Les candidats doivent montrer qu'ils ont une vision d'avenir et expliquer pourquoi elle permettra à notre pays d'aller mieux. Si nos concitoyens comprennent les difficultés, ils accepteront le traitement. Si on leur dit "il faut faire un effort" mais qu'ils n'ont pas compris à quoi cela va servir, et qu'ils ont l'impression d'être les seuls à le faire, qu'il n'est pas partagé, ils ne suivront pas.

La solution, ce serait donc l'engagement du citoyen ?

        L'engagement provoque une motivation et donc diminue voire supprime complètement la toxicité du stress. Quand on s'engage dans une cause qui nous paraît juste et importante, dans une association, un parti politique, quand on a le sentiment que son action va être essentielle, on provoque chez soi une motivation. à nous de retourner à notre profit cette stimulation quasi permanente qui peut tant nous faire souffrir. Contrôlée, elle peut devenir une source d'épanouissement.

Y a t-il une explication "médicale" ?

        D'un point de vue moléculaire, la motivation fait intervenir plusieurs neuromédiateurs dont la dopamine (l'hormone du plaisir) et le gaba (le seul médiateur apaisant). On ne peut pas à la fois éprouver du plaisir et être stressé. Quand on s'engage, on bouge, on avance, on collecte, on rassemble. On oublie son stress et évite sa toxicité. On s'interroge en fixant l'objectif pour lequel on s'engage et qui devient l'enjeu majeur avec cette question : "qu'est ce que je peux faire pour bouger les choses ?" Des difficultés ? On va réussir à en résoudre !

C'est notre lien aux autres qui est en cause ?

        La motivation aide à relativiser le petit aléa, à surmonter les drames de la vie. On change sa vie quand on se sent utile. Et on a toujours besoin des autres. On sent, chez un nombre croissant de nos concitoyens, jeunes ou âgés, un profond besoin d'utilité sociale, un peu comme si chacun de nous sentait que son bien être et celui de ses proches en dépendent.

Recueilli par François-Xavier Lefranc

(1) Philippe Rodet préside l'association "l'Élan Nouveau des Citoyens". Son livre, Le stress, nouvelles voies est publié aux éditions de Fallois ; 138 pages, 18 €.