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dimanche 10 décembre 2006 |
L'animateur de la Star Academy soutient "l'Élan Nouveau des Citoyens". L'association veut, avec l'académicienne Jacqueline de Romilly, donner la parole aux jeunes.
"Inviter les jeunes de 13 à 15 ans à témoigner d'actes de solidarité réalisés par d'autres. Des actions simples, synonymes de générosité". L'appel a été lancé par Jacqueline de Romilly, de l'Académie française et l'association "l'Élan Nouveau des Citoyens". L'opération est maintenant close et des centaines de messages ont été recueillis. Les meilleurs seront sélectionnés par un jury. Soutenue par plusieurs partenaires (dont Ouest-France, la chaîne de télévision LCI et le site MSN), l'opération bénéficie du soutien actif de Nikos Aliagas, le présentateur de la Star Academy, sur TF1. Il a passé quelques heures avec la rédaction de dimanche Ouest-France.
Pourquoi cet engagement en direction des jeunes ?
"Par admiration et par respect pour cette personne exceptionnelle qu'est Jacqueline de Romilly. Elle est non seulement la doyenne de l'Académie française mais a toute sa vie enseigné auprès des jeunes. Elle l'académicienne, moi-même helléniste, partageons la passion des textes grecs dans lesquels on trouve des éléments modernes de générosité. Faire écrire des jeunes, c'est les mettre devant leurs responsabilités, les obliger à être observateurs, à prendre position, à revenir a des valeurs positives. On a reçu des lettres qui nous ont bouleversés. Non, tous les jeunes ne broient pas du noir, tous les jeunes n'ont pas envie de casser dans les banlieues, ou de prendre des cachets dans les quartiers riches. Donnons-leur la parole, écoutons-les".
Dans l'actualité ce dimanche, un sondage qui montre qu'une forte majorité de jeunes envisage de voter en 2007. Un signe positif.
"Je me réjouis de ce sursaut civique. Les jeunes se prennent en main, il faudrait une vaste campagne d'information pour inciter tous les jeunes à voter. C'est aussi le rôle des personnalités de la société civile, des personnes publiques, chanteurs, acteurs, etc. Je dis cela alors que j'anime une émission de divertissement qui pourrait être considérée comme quelque chose de léger, mais à côté du divertissement il nous appartient aussi d'éveiller une conscience de citoyen. Périclès disait : "Ce n'est pas grave de perdre, ce qui est plus grave c'est de ne rien faire pour changer ton statut". Je vote, donc j'existe !"
L'actualité, c'est aussi le Liban.
"J'écoute beaucoup les Libanais de la diaspora. Je n'en connais aucun qui aspire à voir son pays s'enfoncer dans la guerre civile. Ils veulent que leur pays se tourne vers l'avenir, vers ses voisins, c'est-à-dire aussi vers nous, Européens. J'ai le sentiment que l'Europe peut aider le Liban à sortir de cette crise".
Vous avez la double nationalité, française et grecque. Justement, comment relancer l'Europe aujourd'hui ?
"Je suis un Européen convaincu, j'ai toujours vécu entre La France et la Grèce, avec deux passeports, deux langues. Il y a l'Europe des institutions, qui avance à son rythme, mais il y a une autre dynamique dont on devrait parler plus : c'est l'Europe des jeunes qui veulent s'ouvrir aux autres, de la culture, de la société civile. Cette Europe-là avance à grand pas".
Recueilli par François-Xavier Lefranc
Page 6 - familles : Enfants - Ados
Nikos : "Petit, la fourchette en guise de micro"
D'origine grecque mais Français d'adoption, Nikos Aliagas, 37 ans, a grandi en France, nourri par ces deux cultures, "Une douce schizophrénie, constructive".
Né sur les barricades
"Mon père a immigré de Grèce en France en 1964, raconte Nikos Aliagas. Il parlait à peine le français. Il était tailleur. Excellent tailleur. Dior l'a embauché". Sa mère est infirmière. En avril 68, elle vient passer ses vacances à Paris. Rencontre. Nikos Aliagas naît en 1969... "quasiment sur les barricades".
Différent
Cinq jours après sa naissance, Nikos subit trois opérations et passe six mois dans une chambre stérile. Pendant deux à trois ans, il fait des allers-retours incessants à l'hôpital. Santé précaire, origines grecques : petit, Nikos Aliagas se sent différent, pas intégré : "à la maternelle française, je ne comprenais pas ce qu'on me disait parce qu'à la maison, on parlait grec. Et, en raison de mes problèmes de santé, j'étais toujours dispensé d'activité, toujours dans un coin, isolé, pas comme les autres..."
Rêve d'enfant
Nikos Aliagas grandit dans des conditions plutôt modestes, dans un 12 m2. Il s'imagine prof de français à Athènes, juge d'instruction, mais pas forcément journaliste ou animateur télé. Il se souvient quand même qu'il passait "tous ses repas avec la fourchette devant la bouche, en guise de micro". Sa mère était une femme "très charismatique, qui avait la tchatche". II tient d'elle.
Double école, double culture
Nikos Aliagas se rend à l'école française mais suit une fois par semaine des cours de grec. À partir de l'âge de 11 ans et jusqu'à 18 ans, il est pensionnaire chez des popes orthodoxes, en région parisienne. Cours de français la journée. "Et le soir, on recevait un enseignement de grec classique et moderne, histoire, tradition. C'était une douce schizophrénie, quelque chose de constructif". II y découvre ses racines, son histoire. "Pour bien t'intégrer, il est indispensable de savoir qui tu es, d'où tu viens. Quand tu as deux histoires, c'est à toi de bâtir le pont entre les deux. Moi, mon intégration est passée par la culture et l'éducation". Il savoure sa chance.
Grandir
Pas de crise d'adolescence. Mais cette expérience du pensionnat est un "déclic". "J'ai décidé de me prendre en charge, je me suis intégré. La pension est comme une micro société, où tu es seul. Ça m'a mis tôt devant mes responsabilités. Moi, j'étais souvent le porte-parole des élèves. J'étais un médiateur, un intercesseur". À 18 ans, fini le pensionnat. Pour payer sa chambre et ses études de lettres, il travaille de nuit à Radio France International. Début de sa carrière de journaliste.
Transmission
"J'ai été élevé d'une façon assez rock'n roll par mes parents. Mon père pouvait m'emmener voir un match de boxe puis à la messe le dimanche. Ou m'emmener sur la tombe de mon grand-père en me racontant que, chez nous, les âmes ne meurent pas. Elles voyagent. C'était une éducation très contrastée. Apprendre à pleurer et assumer ses larmes. Ne pas être dans le complexe, dans le noir. Apprendre aussi à perdre". Sa famille est resté un socle majeur. Retrouvailles tous les dimanches, avec ses parents, ensemble depuis bientôt 40 ans, et sa sur, 27 ans. "Ma meilleure amie, ma confidente."
Les enfants et la télé
Nikos Aliagas n'a pas d'enfant mais son désir est là. "J'éprouve le même stress qu'une jeune femme de 35 ou 40 ans qui n'en aurait pas encore et qui en voudrait. C'est la même urgence, le même flip..."
Ses enfants pourront-ils regarder la télé ? "Si je leur interdis, ils la regarderont en cachette. Mais je la regarderai avec eux, pour leur expliquer, en parler. Si la télé est un peu pourrie, c'est à cause de la violence, dans les infos et les films". Quant à la Star'Ac : "évidemment qu'ils la regarderont. C'est une émission pour les enfants, de divertissement. On a toujours envie de penser que c'était mieux avant. Mais il y a toujours eu des émissions populaires. Ça n'empêche pas de lire un beau livre ou d'aller voir une expo. Chez moi, quand j'étais petit, on regardait des émissions populaires, tout en lisant des livres très pointus".
Carine Janin
Nikos Aliagas soutient l'appel lancé aux jeunes par "l'Élan Nouveau des Citoyens". Le témoignage du vainqueur de ce concours sera publié prochainement.
Page 16 - guide : Rencontre
Les autres vies de Nikos le "bateleur"
Dans quinze jours, c'est la finale de Star Academy, une émission présentée depuis six ans par Nikos Aliagas. Un personnage public qui n'est pas qu'un animateur de télévision.
Il a beau apparaître presque tous les jours en direct à la.télé, pendant les quatre mois annuels de Star Academy, Nikos Aliagas a d'autres vies. Journaliste de métier, il multiplie les activités professionnelles ou bénévoles. La semaine dernière, une fois la quotidienne de Star Ac' terminée, il sautait dans l'avion pour atterrir à Rennes, en porte-parole de l'association "l'Élan Nouveau des Citoyens", dont le but est d'inciter les jeunes à s'engager, à témoigner.
Il y a des animateurs qui ressemblent à leur personnage télé. Nul besoin d'être très perspicace pour deviner que les apparitions enjouées -voire surjouées- de Nikos Aliagas ne montrent pas toutes les facettes d'un garçon lancé dans l'arène de la télé-réalité à 32 ans. Brillant chroniqueur de l'émission "européenne" de Christine Bravo (Union Libre), il tape dans l'œil d'Étienne Mougeotte. Le directeur des programmes de TF1 l'appelle. Il cherche un animateur pour la première émission de télé-réalité de la chaîne. "On sortait du Loft. La télé-réalité sentait le soufre. Mon instinct m'a dit d'y aller. Peut-être aussi pour connaître mes limites. Je ne connaissais pas te métier. J'ai appris".
Six ans plus tard, il est toujours là, comme s'il avait su se construire le personnage idéal pour la fonction, avec la petite touche de malice qui fait la différence. À l'antenne, il semble s'amuser, s'accordant une part d'improvisation, n'hésitant pas à chanter de temps à autre ("J'adore. Mais je ne tomberai pas dans le piège d'enregistrer un disque !"), laissant aussi passer quelques gaffes : "j'assume. Cela ne me dérange pas d'être comme ça un peu fragile, parfois". II est vrai qu'il assure, en tout, plus de cinq heures de direct par semaine, ce qui fait de lui l'un des hommes les plus en vue de la télévision française.
En télé justement, ses modèles se nomment Yves Mourousi, "pour son ton très libre, inégalé. Un grand showman". Et Michel Drucker, "en terme de longévité, il est impressionnant". Entre les deux, évidemment rien à voir. Mais il y a bien une certaine ambivalence chez Nikos. Né en France, il a toujours, un œil, une oreille, un pied en Grèce. "II faut connaître sa culture pour bien en apprendre une autre", souligne-t-il, ajoutant qu'il peut s'appuyer sur du solide : "une famille avec des valeurs de tolérance, de respect des personnes, de devoir de mémoire".
II aurait pu devenir professeur de grec. Mais, un peu par hasard, il entre à RFI (Radio France International) pour "couper" les dépêches. De là, il prend l'antenne la nuit, passe une maîtrise de lettres, joue du rock et du blues, chante dans les bars. Le quotidien d'un jeune homme qui avale la vie. Un jeune homme qui aussi la foi, "cool, tranquille, pas excluante. Quand j'entre dans une synagogue, une mosquée, une église, je sens qu'il se passe quelque chose". Le voilà présentateur du journal de TMC (Télé Monte Carlo), puis reporter à Euronews, animateur chez Christine Bravo, présentateur d'un journal de 20 heures en Grèce... Une vie à cent à l'heure. Alors, la pression de la quotidienne de StarAc' pendant quatre mois, il peut. "C'est un métier et tu es un artisan. Si tu le fais pour le star-système, la pose ou les minettes, ça ne marche pas. On peut vite devenir un bouc émissaire. Avec la télé, tu es à poil. Le regard des autres change, même celui de tes potes. Moi, je vois la télé comme un pacte moral que tu passes avec le téléspectateur". II ne se dit pas ami des stars, mais collègue, même s'il s'est fait des copains dans le métier, comme Johnny.
À la Star Ac', il participe à la programmation, adorant enchaîner Mireille Mathieu, les candidates à Miss France et le très décalé Philippe Katerine... "Star Academy est devenue une belle émission de variétés, non ?" Dont l'audience reste très bonne. Mais pour lui, la télé, c'est aussi une émission culturelle sur LCI où il invite qui il veut, sans raisonner cette fois en terme d'audience. Il écrit également chaque semaine un papier de société, sur la France, l'Europe, en page 2 d'un journal du dimanche grec. Dans son bureau, c'est d'ailleurs la radio grecque qui passe et de nombreux coups de fils sont dans sa langue maternelle.
Voilà qui semble construire son équilibre. L'avenir ? Il n'y pense pas trop. "Je n'ai pas de logique, destratégie. Il faut savoir se réinventer, comme les artistes. Et se nourrir, de lectures, d'écriture. Avoir envie. Être en harmonie avec sa démarche". Tout cela ressemble bien à une philosophie de vie. "Je ne suis pas certain du tout de continuer la télé. On verra. Ce que je sais, c'est que le jour où je sens que l'on ne veut plus de moi, je partirai. Ma mère m'a toujours dit que, quoiqu'on fasse, l'important était de toujours garder sa dignité..."
Michel Troadec