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lundi 9 octobre 2006 |
L'Académicienne et l'animateur de la Star Ac', Nikos Aliagas, un couple surprenant réuni, hier, au Mémorial de Caen dans un même appel aux jeunes.
La cécité qui gagne ses yeux, bleus comme son tailleur, trouble son regard. Le handicap est compensé par cette voix faite d'autorité naturelle et de cordialité, qui caractérisent les grands pédagogues. Dès qu'elle prend la parole, Jacqueline de Romilly capte l'attention de son auditoire. L'Académicienne, grande spécialiste de la Grèce antique, était l'hôte du Mémorial de Caen, samedi midi, avec Nikos Aliagas, qui, la veille au soir, animait l'émission de TF1, la Star Ac'. Une complicité nourrie de culture grecque lie ce couple surprenant.
Quatre-vingt-treize ans et une fraîcheur d'esprit admirable, Jacqueline de Romilly s'est fait l'écho de "l'Élan Nouveau des Citoyens", devant un public de lycéens, d'enseignants et de parents. Elle est la vice-présidente de cette association, fondée par un médecin, Philippe Rodet. Jusqu'à la fin du mois, "l'Élan" accueille par courrier postal ou par Internet des lettres de jeunes de 13 à 15 ans relatant une scène de courage ou de solidarité à laquelle ils ont assisté. Les dix plus beaux textes seront récompensés à l'Institut de France.
Jacqueline de Romilly est attachée à la culture humaniste, à l'histoire des idées, auxquelles elle associe l'enseignement des langues anciennes. Elle déplore "ce rôle perdu" de l'éducation tout comme elle s'avoue "contrariée de voir désengagement et désenchantement à travers les journaux". Il en faut plus, sans doute, pour abattre le moral de cette dame étonnante, qui sait redonner leur actualité aux valeurs de la Grèce qui a inventé la démocratie. "Je conserve, malgré l'âge, un espoir dans l'avenir." Les lettres qu'elle reçoit de jeunes de toute la francophonie la confortent dans ce sentiment.
Nikos Aliagas, parrain de cette opération, a une de ses lettres entre les mains. Une adolescente raconte comment une camarade de classe a invité un élève handicapé moteur à le rejoindre à sa table du restaurant scolaire. D'habitude, le garçon déjeunait avec d'autres comme lui dans une autre salle. Son attitude révélait combien il supportait mal cette distinction entre valides et handicapés. La rédactrice de la lettre disait combien elle regrettait de n'avoir pas pensé à faire ce geste.
"Cette lettre m'émeut par sa sincérité. On peut changer les choses avec les mots", commente l'animateur et journaliste de télévision. Avec l'appui d'illustrations aussi. L'École de Caen, fondée par le caricaturiste Emmanuel Chaunu, le romancier Jean-Luc Bizien et le journaliste Patrice Gascoin, vise à rapprocher auteurs d'images et de textes. Par Nikos Aliagas, qui a participé à ses travaux, elle souscrit à l'action de "l'Élan Nouveau des Citoyens". Et par elle, des dessinateurs apporteront leurs contributions aux lettres primées. Une vraie chaîne de solidarité.
Xavier Alexandre