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mercredi 26 juillet 2006

L'article, sur les pages consacrées à  Vitré

Édïtorial

par Jeanne Emmanuelle Hutin

La jeunesse réenchante le monde

        Marrakech : un jeune infirme mendie. Voyant s'approcher un vieil homme aveugle, il se précipite pour lui donner une aumône. Selma a 12 ans. Elle assiste, émerveillée à la scène d'un pauvre qui donne à plus pauvre que lui, et en témoigne. Ce regard des plus jeunes de notre planète nous parvient aujourd'hui grâce à Jacqueline de Romilly, membre de l'Institut. À travers un concours, elle appelle les jeunes gens et les jeunes filles, âgés de 13 à 15 ans, à témoigner eux aussi, d'un geste accompli par un autre jeune. Il s'agit de raconter, dans un texte court, "quelque chose qu'ils ont trouvé beau, qui les ait émus, touchés dans le domaine de la gentillesse, de la générosité, du courage, explique l'académicienne. Cela fera apparaître non seulement ce qu'ils ressentent mais cela devrait appeler chez tout le monde la conscience que le Bien existe... Nous sommes dans une période de désenchantement et ce serait bien que la jeunesse nous réenchante un petit peu"(1). Des dizaines de témoignages arrivent déjà de nombreux pays : "Nous sommes surpris par la maturité de ces témoignages. Nous voulions montrer que la générosité existe chez les jeunes. Dès qu'ils en prennent conscience, ils la pratiquent autour d'eux. Si on les aide à prendre conscience de ce qu'est le Bien, il y aura une contagion du Bien", explique Philippe Rodet, président de l'association l'Élan Nouveau des Citoyens qui met en œuvre l'initiative de Mme de Romilly.

        Elle enthousiasme des personnalités d'univers très différents : des sportifs comme Stéphane Diagana -champion du monde du 400 mètres haies- et Laurence Fischer, championne du monde de karaté ; mais aussi le spationaute Jean-Loup Chrétien et l'animateur de l'émission Star Academy, Nikos Aliagas. Ensemble, ils veulent propager l'espérance et la confiance, aider les jeunes à "voir comme la vie est belle, qu'elle peut l'être encore, et que cela dépend d'eux", explique Jacqueline de Romilly. "Et quand bien même elle ne l'est pas, poursuit Nikos Aliagas, on peut la rendre belle même à partir de rien, même à partir de situation difficile, on peut lui donner un sens"(1).

Messagers de la générosité

        Le regard des jeunes générations gagne à être connu, car il porte un message. Il rappelle que "l'on ne voit bien qu'avec le cœur", comme l'écrit Antoine de Saint-Exupéry. Il ravive la flamme qui s'étiole dans les tracas quotidiens et s'éteint parfois sous le poids des épreuves. Ce regard déborde de toute part l'univers étriqué des adultes quand, rivés à leurs tâches ou à leurs habitudes, ils oublient de regarder l'horizon.

        Les plus jeunes perçoivent, mieux que beaucoup, ce trésor enfoui dans les gestes quotidiens. Souvent inaperçu, c'est lui pourtant qui porte les heures de joie comme les heures de peine. Ce trésor, c'est la générosité qui "élève l'homme au-dessus de lui-même et le dispose à sacrifier son intérêt personnel, son avantage à celui des autres, à se dévouer", définit le Petit Robert. Qui n'a été touché par la générosité d'un sourire qui illumine, par celle d'un geste qui réconforte, par une parole qui apaise, par un silence même qui comprend au-delà des mots ?

        Nous relayons l'appel de Mme de Romilly pour inviter les jeunes de l'Ouest comme ceux qui sont de passage dans la région à l'occasion des vacances, à écrire ces éclairs de bonté dont ils ont été témoins. Simples gestes de gentillesse ou actes héroïques, ils surgissent parfois à l'improviste. Ils laissent au fond des cœurs ce rayon de soleil qui élève chacun vers le meilleur de lui-même et entraîne vers les océans immenses de la joie qu'une vie ne suffit pas à explorer.

(1) : Propos recueillis par Christelle Célarié - MSN Actions Solidaires

Le témoignage de Selma de Marrakech

        Dans le cadre du concours "L'Élan Nouveau des Citoyens" voici le témoignage de Selma, de Marrakech.

        "Je m'appelle Selma. J'aurai 13 ans au mois d'août. J'habite à Marrakech au Maroc et je voudrais vous raconter une histoire qui m'a beaucoup fait réfléchir et comprendre des choses.

        Mon grand-oncle m'invite quelquefois au café sur la grande avenue de Marrakech qui s'appelle Mohamed V, surtout si j'ai une bonne note dans la semaine. Au mois de mars, nous étions tous les deux sur une terrasse, je mangeais ma glace et mon oncle lisait son journal. Nous avons vu arriver un jeune monsieur sur une chaise roulante, il n'avait pas de jambes à partir des genoux. J'ai demandé à mon oncle pourquoi cet homme n'avait pas de jambes. Mon oncle m'a répondu que dans la vie, les malheurs peuvent arriver et que cet homme avait peut-être eu le malheur d'avoir un accident qui lui a fait perdre ses deux jambes.

        Le jeune homme passait avec une très grande agilité avec sa chaise roulante entre les tables du café, il s'est arrêté devant nous et nous a fait un grand sourire. Il a tendu la main à mon oncle qui lui a donné quelques pièces. Il a fait de même avec d'autres gens à côté de nous, toujours avec un grand sourire, Juste après, nous avons vu un homme âgé qui venait dans notre direction en battant de son bâton le bord du trottoir (les aveugles au Maroc n'ont pas des bâtons blancs comme chez vous, mais des bâtons normaux).

        C'est à ce moment que nous avons assisté mon oncle et moi à quelque chose d'extraordinaire : le jeune homme qui était sur la chaise roulante et qui n'avait pas de jambes, s'est approché de l'aveugle qui marchait tout en tapant du trottoir et en tendant la main pour demander l'aumône. Il s'est arrêté à côté de lui et lui a donné un peu d'argent que les gens lui avaient donné dans le café ! Mon oncle m'a fait remarquer ce geste et m'a dit : "Regarde, cet homme qui est jeune et qui n'a pas de jambes, il estime que te vieux monsieur aveugle est encore plus malheureux que lui, et c'est pour cela qu'il lui a donné l'argent !"

        Quand on est triste et qu'on sent qu'on est très malheureux, il faut toujours penser qu'il y a des gens encore plus malheureux que nous ! Nous avons beaucoup parlé de cette histoire et nous l'avons racontée à mes cousins et à toute la famille. Depuis, je ne peux plus être malheureuse parce que je pense qu'il y a des gens qui n'ont pas la chance que j'ai dans la vie. J'espère que cette histoire à laquelle j'ai assisté vous intéressera et vous fera réfléchir comme moi. C'est mon oncle qui m'a aidée a rédiger et m'a corrigée pour ne pas faire de fautes. Je suis en première classe de collège. Je vous remercie de m'avoir lue jusqu'au bout, et je vous souhaite toutes les bonnes choses de la vie".

        Vous avez entre 13 et 15 ans, participez au concours Appel à témoignages : vous avez été témoin d'une action généreuse, toute simple ou extraordinaire, accomplie par un autre jeune. Racontez-la en une ou deux pages et envoyez votre texte avant le 30 septembre à "l'Élan Nouveau des Citoyens". Premier prix : un voyage en Grèce pour 3 personnes. Autres prix : du matériel informatique et des livres. Les lauréats visiteront la Coupole de l'Académie Française. Pour devenir ambassadeur et promouvoir cet appel à témoignages auprès des jeunes de votre ville ou de votre quartier, même adresse.