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juin 2007

L'article, sur le journal

Grand témoin

Philippe Rodet, président de l'association "Fraternité, j'écris ton nom..."

"La fraternité est une valeur à consommer sans modération"

        Philippe Rodet, médecin urgentiste, s'est retrouvé confronté à la souffrance d'adolescents. Il y a deux ans, il créait Fraternité, j'écris ton nom. Une association qui aide les jeunes à trouver les mots pour le dire.

        Il suffit parfois de quelques mots pour panser bien des maux. Créée en février 2005, l'association "Fraternité, j'écris ton nom..." a pour vocation de favoriser les échanges de jeunes Français en souffrance avec, d'une part, des adultes motivés et bien insérés dans la société et, d'autre part, des adolescents francophones du continent africain ; une correspondance, régulière ou épisodique, qui permet de gommer ainsi les différences, ethniques ou culturelles, mais aussi une formidable occasion de découvrir d'autres univers, d'autres modes de vie. Un maillon d'entraide, tissé au fil des lettres, qui, depuis de sa création, a permis à un certain nombre de jeunes en difficulté de trouver leur place dans la société. À l'initiative de cette action, récompensée en mars dernier par le prix "Planète citoyenne 2006", le médecin urgentiste Philippe Rodet. Rencontre avec un humaniste pragmatique.

        Vos valeurs de solidarité et de fraternité puisent-elles leurs racines dans votre vocation de médecin ?

        Philippe Rodet : Ma prise de conscience de la souffrance des adolescents en grande difficulté, qu'elle soit morale ou matérielle, s'est révélée dès mes premières années de médecine. Et plus particulièrement, lors de mon stage d'externe en réanimation, un service très dur, où l'entraide et l'écoute entre soignants sont essentielles pour tenir le coup. J'ai assisté, impuissant, à l'agonie d'un jeune de 15 ans, après une tentative de suicide. En tant que médecin, c'est traumatisant, en tant qu'homme, c'est proprement révoltant. Ce fut un premier déclic. Ensuite, il y eut la parole d'un gamin, arrivé un soir aux urgences. Alors que je tentais de le rassurer, avec des mots tout simples, il m'a dit : "c'est la première fois qu'on me parle comme ça." À sa sortie de l'hôpital, je lui ai proposé de m'écrire de temps en temps pour me raconter sa vie, ses espoirs mais aussi ses angoisses. C'était il y a sept ans, depuis nous correspondons toujours. C'est alors que l'idée de "Fraternité, j'écris ton nom..." a fait peu à peu son chemin.

        Écrire peut-il vraiment aider un enfant ?

        P. R. : Oui, même si cela peut paraître utopique. D'abord, cela veut dire que vous, en tant qu'adulte responsable, vous vous intéressez à lui, à ses attentes comme à ses doutes. Quand un enfant se rend compte que vous lui écrivez sans y être obligé, comme ça, gratuitement, il acceptera bien mieux vos conseils. Bien souvent, j'ai servi de relais entre des parents qui ne comprenaient pas leur enfant et des enfants qui refusaient totalement de communiquer avec leurs parents. L'écriture est aussi un puissant moteur de valorisation. Et c'est en cela que l'échange entre Français et jeunes d'une autre culture puise toute sa force.

        Justement, comment définiriez-vous votre initiative citoyenne ?

        P. R. : Quelles que soient les difficultés, c'est l'art de convaincre qu'il est toujours possible de réussir. C'est l'envie de partager son expérience, sans pour autant imposer quoi que ce soit. D'où l'importance du parrainage actif de nombreuses personnalités, issues d'horizons très différents. Que ce soit Jacqueline de Romilly, de l'Académie française, le spationaute Jean-Loup Chrétien, ou encore la championne d'Europe de volley-ball Victoria Ravva (ambassadrice de la Fondation Solidarité SNCF- ndlr), tous ont à cœur de s'engager pour une cause qu'ils croient juste. C'est aussi cela la fraternité.

        Vous parlez de parrainage. En quoi l'appui de la Fondation Solidarité SNCF, peut-il soutenir votre action ?

        P. R. : Une véritable reconnaissance. L'implication de la SNCF valide la crédibilité et le sérieux du projet. Si une entreprise s'engage à nos côtés, cela signifie qu'elle nous fait confiance. En outre, elle nous apporte une aide concrète en nous fournissant des moyens logistiques. Ainsi, outre l'engagement de ses bénévoles, la Fondation Solidarité SNCF a mis à notre disposition un local, du matériel informatique. C'est inestimable. Elle favorise également le partenariat avec d'autres associations engagées dans l'humanitaire. Une dynamique qui permet d'œuvrer au plus près des besoins de terrain.

        Au vu de ces deux ans d'action, quelle est votre plus belle réussite ?

        P. R. : D'abord, d'avoir réussi à faire se rencontrer des gens qui n'auraient jamais pu se croiser. Ensuite, c'est d'avoir motivé des enfants qui ne croyaient plus en rien. Lorsqu'un gamin de banlieue, perdu, sans repères, se rend compte qu'il existe, quelque part dans le monde, une souffrance plus profonde que la sienne, croyez-moi, il relativise ses problèmes. Si, en outre, il sent qu'on lui fait confiance, que l'on croit en lui, il aura envie de se donner les moyens de réussir. Sans vraiment parler de devise, j'ai une règle de conduite que j'essaie d'appliquer depuis pas mal d'années : être soi-même et tenir bon, cela impose toujours le respect et, parfois, conduit à la victoire.

Zoom

"Oui, le stress peut être un outil de réussite"

        Allant à rencontre de l'opinion générale, le Dr Philippe Rodet n'hésite pas à affirmer que le stress peut être un facteur d'épanouissement personnel. Encore faut-il emprunter les voies pour "renverser la vapeur" ; et c'est tout le thème de son dernier ouvrage, "Le stress, nouvelles voies". C'est vrai qu'il est grand temps de réagir. En France, on estime que ce mal touche plus de la moitié de la population, tous âges et sexes confondus. Le stress, véritable fléau des temps modernes, coûte cher, très cher. Le stress professionnel, qui touche près de 65 % des cadres, coûterait ainsi près de 3 % du produit intérieur brut, soit quelque 51 millions d'euros ! Le propos du Dr Rodet n'est pas de nier les aspects négatifs de ce que l'on considère depuis peu comme une véritable pathologie, mais bien d'explorer le phénomène pour mieux le contrôler. D'abord, il faut distinguer le bon du mauvais stress. Le bon stress permet de concentrer et d'optimiser son énergie. Il est celui qui dope l'individu et lui donne la possibilité de se transcender. Le mauvais stress amenuise ses capacités et se traduit bien souvent par une intense souffrance physique et psychique. Pour lutter contre ce mal-être, cultiver la motivation est essentielle, tant pour regagner l'estime de soi que pour se donner les moyens de réaliser ses objectifs. Il faut réapprendre à exprimer ses passions, mettre en avant ses qualités, sans pour autant nier ses erreurs, transmettre de l'optimisme et ne pas céder à la pression. Bien sûr, cela pourrait passer pour une méthode Coué, sans grande valeur scientifique. Détrompez-vous, le Dr Rodet égrène en huit lignes de conduite toute une série d'exemples concrets et de témoignages. Un ouvrage revigorant et résolument optimiste qui bat en brèche bien des idées reçues et qui ouvre de nouvelles perspectives à la gestion d'un stress utile.